« Il n’y aura jamais de solution militaire au conflit au Moyen Orient et [...] les destinées des Israéliens et des Palestiniens sont inextricablement liées. [..] Des ponts peuvent être construits pour encourager les peuples à s’écouter les uns les autres. » Vous n’avez rien lu de tel ce matin dans le journal car aujourd’hui tout ce qu’on peut lire au sujet de la situation dans cette région dans les colonnes d’information internationale de la presse généraliste commence par le titre : « Israéliens et Palestiniens encore très loin de s’entendre ».

     Pourtant, il y a deux jours, un autre titre, dans les pages du site du journal anglais The Guardian, toujours dans la catégorie « Nouvelles du monde », disait : « Des groupes israélien et palestinien s’unissent dans la ‘fraternité metal’ ». Et comme vous commencez à connaître les bonhommes, vous n’avez pas de doute sur l’identité des Israéliens en question…

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Orphaned Land

     Orphaned Land, c’est bien d’eux qu’on parle, sera en tournée européenne entre septembre et novembre. Pour l’accompagner, on trouvera sur l’affiche les Français Klone et The Mars Chronicle qui joueront donc par huit fois « à domicile ». Mais aussi deux autres formations qui, venues d’un climat bien plus rude, s’expriment par l’un des moyens artistiques jugé comme un des plus violents (i.e. la musique metal) et qui, pourtant, montreront que la paix peut jaillir dans un tel environnement. Du 20 septembre au 26 octobre, c’est Bilocate, tout droit venu d’Amman, en Jordanie, qui ouvrira pour la bande à Farhi. Si leur pays d’origine est désormais en paix avec l’État hébreu – ce qui n’empêche pas encore quelques tensions entre les deux – la marche commune de ces deux groupes pendant un mois devraient achever de convaincre que les relations de bon voisinage sont possibles entre ces deux peuples.

 

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     Mais là où le symbole sera encore plus fort, c’est avec l’équipe qui les remplacera pendant le mois de tournée restant : Khalas (ce qui signifie « assez » en arabe), groupe palestinien (et là, faut-il préciser que la paix n’est pas encore gagnée entre leur pays et Israël ?) qui viendra « inoculer rythmes et paroles arabes sensuels avec ses riffs metal agressifs » aux metalleux européens de Toulon à Dublin.

 

     « La musique, elle-même, ne peut résoudre le conflit arabo-israélien. La musique garantit à chaque individu le droit et l’obligation de s’exprimer pleinement tout en écoutant son voisin. »Inutile de citer encore le discours du chanteur d’Orphaned Land qui commence à être bien connu de la communauté metal (mais en cas de besoin, une petite révision est possible ici,ici, ou encore, plus récemment, ). Et, en fait, la citation en tête de ce paragraphe (comme celle qui introduit cet article), même si elle résonne comme les mots de Kobi Farhi, est issue de la biographie du West-Eastern Divan Orchestra, qui sert de comparaison au Guardian, puisque Orphaned Land n’est pas le premier ensemble musical a osé l’expérience d’une cohabitation musicale pacifique entre différents peuples du Moyen Orient. Cet orchestre, fondé en 1999 par le musicien israélien (né en Argentine d’une famille russe juive) Daniel Barenboim et l’intellectuel et pianiste palestinien Edward Said, réunit un nombre égal de musiciens israéliens et arabes et se produit principalement en Europe et en Amérique, comme il l’a fait, par exemple, en décembre 2006 à New York lors d’un concert en l’honneur du Secrétaire Général des Nations-Unies Kofi Annan, à la fin de son second mandat à ce poste, dans la salle de l’Assemblée de l’ONU.

     Mais en attendant de voir Orphaned Land et Khalas se produire dans la même prestigieuse salle (on a le droit de rêver) que le West-Eastern Divan Orchestra, on pourra déjà les trouver sur les routes d’Europe, démontrant que, comme le déclare Farhi au Guardian, même s’ils ne peuvent pas changer le monde, ils peuvent « donner un exemple », montrer « que la coexistence est possible. Partager une scène, un bus, est plus fort que mille mots. [...] Nous allons montrer que deux peuples, aux backgrounds différents, qui vivent dans une même zone de conflit peuvent se produire ensemble. » Et comme le souligne à son tour Abed Hathut, guitariste du groupe palestinien : « Nous sommes des frères de metal avant tout. Il n’y a pas plus grand message de paix que celui-là. 

 La musique a beau ne pas être un territoire concret, il semble pourtant qu’il n’y en ait pas d’autre où ces deux peuples, que seules des décennies de lutte rapprochent, peuvent vivre aujourd’hui ensemble, en paix, sans lutte pour un bout de terre plus ou moins grand. Et quand le metal parle dans cet endroit, il ne fait pas d’orphelins.

Source: www.radiometal.fr