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CHAPITRE CINQ

La Wicca

Les bases fondamentales

Première partie: l'histoire de l'Ancienne Religion et les principes de base de la Wicca

 

     Avant d'aborder la Wicca il est impératif de retracer l'histoire et le développement de l'Ancienne Religion dans le sens exacte de sa définition et non pas dans celle que la majorité des personnes pensent connaître de nos jours.

     Durant la période du paléolithique supérieur (entre moins 45 000 et moins 10 000 ans), pour les hommes et les femmes de cette époque la nature était toute puissante. Par respect, crainte et émerveillement devant la force du vent, la violence des éclairs, la puissance des cours d'eau, nos lointains ancêtres attribuèrent à chaque élément de la nature un esprit, une divinité, un dieu. Cela s'appelle l'animisme, du latin "animus": esprit. 

     Les humains de cette période n'avaient pas encore la notion de produire leur propre nourriture et étaient donc des ceuilleurs mais surtout des chasseurs notamment après la découverte du feu et la dextérité à fabriquer des objets pour tuer les animaux. La chasse devint donc peu à peu primordiale pour la survie et surgit alors au-dessus de tous les autres dieux de la nature celui de la chasse! 

     Nos ancêtres chassant surtout des animaux à cornes attribuèrent alors un dieu de la chasse, un dieu à cornes qui devint peu à peu le Dieu Cornu comme par exemple Cernunos. 

    Parallèlement les humains du paléolithique s'aperçurent de l'importance de leur propre fertilité,  la mortalité étant très élevée en ce temps-là. Il fallait donc à tout prix que les femmes enfantent afin de perpétuer la lignée. Les hommes se rendirent évidement compte que les femmes jouaient un rôle sacré: c'est ainsi que naquit la Déesse de la fertilité que certains sculpteurs de cette période de l'histoire façonnèrent sous forme de statuettes, grossières certes, mais représentatives de la Déesse donnant la vie: grosse poitrine, gros vente de femme enceinte et organes génitaux surdimensionnés. On appelle ces statuettes des Vénus. 

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Vénus de Willendorf - 11 cm de haut - Calcaire

(Musée d'histoire naturelle de Vienne)

    Au fil de l'expansion à travers de l'Europe, cette religion appelée aujourd'hui "Ancienne Religion" évolua. Il est nécessaire de s'arrêter un instant sur le mot "religion". Religion chez les anciens ne signifiait pas ce qu'il signifie pour nous aujourd'hui; sous ce mot il faut entendre un corps de dogmes, une doctrine sur un Dieu, un symbole de foi sur les mystères qui sont en nous et autour de nous; au contraire ce même mot, chez les anciens, signifiait rites, cérémonies, actes de culte extérieur. La doctrine était peu de chose; c'étaient les pratiques qui étaient l'important; c'étaient elles qui étaient obligatoires et qui liaient l'homme (ligare, religio). 

     Peu à peu le Dieu et la Déesse prirent des noms différents. Quand l"humanité devint sédentaire et qu'elle entreprit de développer l'agriculture et l'élevage, le Dieu Cornu, celui donc de la chasse, se transforma davantage en un dieu de la nature tandis que la Déesse resta le symbole de la fertilité et de la renaissance. 

     Plus tard, une forme de prêtrise a nécessairement vu le jour ainsi que les rituels. D'après Margaret Alice Muray, ces prêtres et prêtresses ont été appelés wicca - les sages -. (On verra plus bas que Gérald Gardner s'attribua à son tour cette découverte en en donnant une nouvelle définition). 

     Quoi qu'il en soit "sages" viendraient du fait que ces prêtres et prêtresses dirigeaient non seulement les rites mais surtout connaissaient l'herboristerie, les soins pour guérir, la divination, etc. 

     Puis le Christianisme s'implanta progressivement en Europe. Pour des raisons politiques les souverains de certains pays se convertirent, mais parmi le peuple l'Ancienne Religion continua à vivre et à prospérer, très souvent de parents à enfants. L' Église vit dans cette coutume d'honorer la nature au travers des dieux une rivale dangereuse et entreprit alors de détruire les lieux de culte et/ou de faire bâtir des églises à la place. Plus tard constatant que cela ne suffisait pas, la Chrétienneté sauta sur une occasion inespérée: puisque les païens adoraient un Dieu Cornu, il ne faisait donc aucun doute que lesdits païens étaient des adorateurs du démon et des jeteurs de sorts, d'où provient le mot "sorcellerie". La chasse aux sorcières et sorciers était ouverte! 

     En 1484 le pape Innocent VIII produisit sa bulle contre les sorcières, car quelle aubaine pour l'Église Catholique sexiste au plus haut point puisque les femmes étaient en plus grand nombre que les hommes à pratiquer les rites de l'Ancienne Religion. En 1486 deux moines allemands, Heinrich Institoris Kramer et Jakob Sprenger publièrent un traité anti-sorcellerie baptisé Malleus Maleficarum ("Le marteau des sorcières"). Ce livre regorgeait d'instructions pour détecter et poursuivre les sorcières en justice. Ce fut alors l'hystérie: des sorcières étaient découvertes dans toute l'Europe!

 

 

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Une édition du Malleus Maleficarum publié à Lyon en 1669

 

 

      Sous prétexte de Satanisme des milliers de personnes finirent dans des geôles, sous la torture et pour une grande majorité sur des bûchers. En 1548 un homme osa quand même mettre en doute ces accusations de sorcellerie. Il s'agissait de Jean Wier, d'origine allemande et médecin de son état. En 1563 il publia De praestigiis daemonum (Des illusions des démons) où il avança une hypothèse totalement hors de son temps: se croire être possédé par un démon est le fait d'un dérèglement des "humeurs" du corps humain amenant la "mélancolie" et "qui infecte le siège de l'esprit". N'était-ce pas là le tout premier balbutiement de la psychiatrie? Assistant à plusieurs procès en sorcellerie Jean Wier publia également la Pseudomonarchia Daemonum, ouvrage dans lequel il rédigera la monarchie diabolique d'après les dires des accusé(e)s. 

      A la fin du XVIIIè siècle les adeptes survivants de l'Ancienne Religion avaient disparu dans la plus totale clandestinité. 

     C'est à partir de 1921 en Angleterre que l'on reparla timidement de cette religion grâce à Margaret Alice Murray (1863-1963) (1)  mais il fallut attendre l'abrogation des lois contre la sorcellerie seulement en 1951 pour permettre enfin à des homes et des femmes de s'exprimer librement au nom de l'Ancienne Religion. Et c'est ainsi que Gerald Brousseau Gardner (1884-1964) (2) écrivit et publia un livre en 1954: Witchcraft Today

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     (1) Margaret Alice Murray était britannique, égyptologue puis se consacra à l'étude du folklore qui a mené à la théorie paneuropéaniste, la religion païenne préchrétienne fondée autour du dieu cornu. Ses idées sont reconnues pour avoir sensiblement influencé l'apparition des religions néopaganistes de la Wicca et du reconstructionisme. 

     (2) Gerald Brousseau Gardner également britannique partit très tôt en Orient où il se passionna pour les croyances des peuples tout en effectuant des recherches archéologiques et ethnologiques. En 1936 à 52 ans il s'installa dans le sud de l'Angleterre et c'est à ce moment-là qu'il étudia le folklore et plus précisément celui de l'île de Man. 

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     Définition générale

     La Wicca est donc un vaste mouvement basé sur les anciennes croyances et incluant des éléments  tels que le chamanisme, le druidisme et les mythologies slave, celtique, nordique, grecque, égyptienne, etc. Ses adeptes, les wiccans, prônent principalement le culte de la nature, et s'adonnent parfois, mais pas nécessairement, à la magie blanche.

  Gerald Brousseau Gardner prétendit que c'est lui qui "inventa" le mot Wicca car sorcellerie en anglais ancien se dit wiccacraeft (d'où le terme actuel witchcraft) et wicca est le masculin de sorcier (le féminin étant wicce et le pluriel wiccan). Ces mots dérivent du verbe wiccian qui signifie ensorceler, pratiquer la magie.

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Gerald Brousseau Gardner

     Par respect certainement envers Margaret Murray, Gardner précisa que la  Wicca avait à l’origine le sens d’« art des anciens sages » et il donna l'explication suivante: par "sorcellerie" il entendait non pas la pratique du mal mais le retour aux sources primordiales bien avant la christianisation et au savoir ancestral que se transmettaient les anciens. La signification du terme "sorcière" (witch) est liée à celle du mot savoir (wit). Elle peut être renforcée par l’analyse du mot wizard (étymologiquement « celui qui sait »), qui signifie lui aussi "le sorcier" et qui tire son origine du bas anglais wys/wis qui veut dire « sage », à rapprocher de « wise », qui veut dire « sage », de la même racine que le mot allemand « wissen » signifiant « savoir ».

     Comme nous le constatons, nous sommes donc bien loin de l'image négative du sorcier et de la sorcière, le tout véhiculé par l'Église Catholique et par bien d'autres sources diverses. 

     Autre mot employé pour définir l'Ancienne Religion: la paganisme. Le mot "paganisme" est un terme générique employé depuis le VIè siècle par les chrétiens pour désigner la religion de ceux qui ne sont ni chrétiens, ni juifs. Il remonte au latin "paganus" (païen). D'abord employé comme sobriquet populaire par la Chrétienneté pour désigner ceux qui ne sont pas baptisés, le terme a ensuite été adopté dans la littérature chrétienne.  À partir de l'an 370, des lois impériales romaines employèrent le terme "paganus" pour désigner ceux qui pratiquaient la magie, les superstitieux ou qui étaient dans l'erreur.

     La philosophie de la Wicca

     Simple, accessible mais d'une redoutable efficacité elle se résume à une seule phrase:

Fais ce qu'il te plaît tant que cela ne nuit à personne.

     Nul besoin de pages et de pages comme dans les religions monothéistes avec un seul et unique but: asservir, interdire, autoriser mais sous réserve de..., etc. 

    Un autre des principes phares de la Wicca est la Loi du Triple Retour :

Tout ce que l'on fait sera rendu trois fois, peu importe que cela soit positif ou négatif.

       En avril 1974, le "Council of Americain Witches" adopta un ensemble de préceptes de la croyance Wiccane. En voici l'essentiel: 

     * Nous pratiquons des rites pour nous harmoniser au rythme naturel des forces de la vie, marqué par les phases de la Lune, ainsi que par les fêtes saisonnières et de mi-saison. 

     * Nous cherchons à vivre en harmonie avec la nature, dans un équilibre écologique qui favorise l'accomplissement de la vie et de la conscience au sein d'un concept évolutionnaire. 

     * Nous concevons le Pouvoir créateur dans l'univers comme une manifestation de la polarité -masculin et féminin- inhérent à toutes les personnes et qui agit par l'intéraction du masculin et du féminin. 

     * Notre seule animosité à l'égard du Christianisme, ou de toute autre religion ou philosophie de vie, existe dans la mesure où ses institutions ont affirmé être la seule voie et ont cherché à priver les autres de liberté et à suprimer les autres voies de pratique et de croyance religieuse. 

     * Nous n'acceptons pas le concept du mal absolu, pas plus que nous n'adorons une entité appelée Satan ou le Malin, telle que définie dans la tradition chrétienne. 

     * Nous croyons que nous devrions chercher dans la nature ce qui contribue à notre santé et à notre bien-être. 

         La pratique de la Wicca

      Il n'existe pas vraiment de pratique spécifique à la Wicca, celle-ci varie en fonction de la tradition adoptée. Parfois les rites se pratiquent à plusieurs, en plein air, dans la nature, généralement dans une forêt  loin des regards. Mais rien n'interdit de pratiquer seul(e) chez soi selon le mode solitaire de la Wicca ou « Wicca de salon » (terme inventé par Scott Cunningham (1956-1993), auteur de livres sur la Wicca, la phytothérapie et l'aromathérapie) pour désigner les wiccans qui pratiquent chez eux, n'ayant pas la possibilité, ou le souhait, de le faire dehors. En accord  avec le "fais ce qu'il te plaît tant que cela ne nuit à personne" mentionné ci-dessus, le wiccan pratique de la façon qui lui convient le mieux.

     Certains font leurs rites avec nombre d'accessoires (pentacle, athamé, baguette, vêtements appropriés, etc.), d'autres pratiquent de façon épurée, l’essentiel étant de se sentir le plus à l'aise possible pour être en harmonie avec son environnement et pouvoir correctement canaliser « l’énergie » lors du rite. Bougies et symboles des quatre éléments (terre, air, eau et air) sont cependant très souvent présents. Il n'y a pas de sacrifice, le wiccan respectant avant tout la vie, certains pratiquant même le végétarisme. Tout au plus quelques offrandes sont faites aux divinités, mais celles-ci sont des éléments de la nature tels que fleurs, fruits, herbes fraîches, eau, etc. Lors du rite, le wiccan trace un cercle pour s'isoler et garder prisonnière l'énergie qu'il va appeler, du doigt ou avec un outil, par la pensée ou physiquement. Comme la nature est son propre temple, il se crée un espace de prières, qu’il « effacera » ensuite. 

     En cas de rituels à plusieurs personnes, cela s'appelle alors un coven. Ce mot est d'origine écossais signifiant "rassemblement", "être ensemble" ou "se rassembler". En cas de coven, la tradition veut que le nombre de participants soit de treize avec une prêtresse et/ou un prêtre. 

       Un coven peut être mixte ou non, affilié à un rite reconnu ou pas. Les célébrants sont parfois nus (skyclad, littéralement vêtus du ciel), surtout dans les covens gardnériens (issus directement de Gérald B. Gardner). Les hommes sont initiés par la prêtresse et les femmes par le prêtre. 

     Les grands mouvements dans la Wicca

     Au sein de la Wicca il existe différents mouvements, par conséquent différentes formes de pensée et de pratiques. En voici les principaux:

      Le gardnérianisme : issu directement de Gerald Gardner. C'est la pratique la plus stricte qui nécessite, pour être wiccan ou wiccane d'être obligatoirement en coven et d'avoir été initié par une lignée d'initiateurs fidèle à la pensée de Gardner. 

      L'alexandrianisme: appelé aussi xandrianisme et fondé par Alexander Sanders, disciple de Gardner. C'est un dérivé du gardnérianisme.

     L'aradrienne: fondé en 1999 par Charles Renaud (Canada). Les wiccans aradriens reconnaissent clairement un Grand Dieu et une Grande Déesse,  égaux tous les deux mais le féminin étant souvent privilégié. L'interaction entre les Hommes et les Divinités est décrit comme un moyen de connexion privilégié. Les wiccans aradriens croient que le Mal existe. Ceci différencie la Wicca aradrienne des autres mouvements, qui ne reconnaissent pas d'entité maléfique.

     La dianique: strictement féminine, fondée par Zsuzsanna Budapest (de son vrai nom Emese Mokcsay - née à Budapest). Vénération de la déesse Diane. 

     L'éclectisme: ce sont les covens totalement indépendants d'une tradition précise. Beaucoup moins stricte que celle de Gardner. Aucune hiérarchie.

      La celtique Wicca: basée comme son nom l'indique sur le Celtisme. Cette tradition est individualiste: chacun suit son chemin. Elle est principalement basée sur la guérison et la nature dans leurs rituels de groupe ou individuel. C'est une des voies dites celtisantes très populaire.

     La Wicca luciférienne: malheureusement introduite en France au début des années 1970 par un personnage trouble accompagné de sa compagne: Jacques Coutela et "Diane Lucifera". Mélangeant Wicca, satanisme, politique et pornographie, les dirigeants de cette variante de la Wicca se suicidèrent en 1995 avec leur fille adoptive laissant derrière eux une mauvaise image de cette mouvance. Aujourd'hui encore certains groupes qui d'ailleurs s'apparentent plus au Satanisme, se revendiquent de Jacques Coutela sans trop s'attarder que ce dernier ainsi que sa compagne étaient atteints de démence ce qui provoqua le départ de la plupart de leurs adeptes avant le suicide des dirigeants. 

     Ce chapitre n'est évidemment qu'une approche globale de la Wicca. Des développements approfondis seront présentés dans les suivants.