16-03-2016 18;35;59 (2)

     Le Docteur Sauveur Boukris est médecin généraliste depuis plus de vingt ans et excerce en région parisienne tout en enseignant à la faculté Bichat et Lariboisière. 

     Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dans le domaine de la médecine, mais ces dernières années ses écrits cibles plus particulièrement certains effets secondaires occasionnés par des médicaments, le tout sur fond d'intérêts économiques des laboratoires pharmaceutiques. Ainsi en 2009, Sauveur Boukris publia aux éditions Le Cherche-Midi Ces médicaments qui nous rendent malades: sauver des vies, faire des économies ou encore en 2013 La fabrique de malades: ces maladies qu'on nous invente, toujours au Cerche-Midi. 

     Médicaments génériques: la grande arnaque fut publié en 2013 aux Éditions du Moment puis en format poche chez le même éditeur. 

     C'est en 1994, alors que Édouard Balladur était premier ministre, que fut évoqué les médicaments génériques en vu de faire des économies. L'année suivante, Alain Juppé à son tour premier ministre, relança l'idée en annonçant que les pharmaciens délivreront des génériques à des prix moins élevés. En 1997 ce fut la création en France du premier laboratoire de médicaments génériques: Biogaran. La même année, Jacques Barrot, ministre de la santé, signa le décret sur les médicaments génériques avec la définition suivante:" Tout médicament comportant un même principe actif, une même présentation et un même dosage sera jugé générique s'il est démontré qu'il est bioéquivalent, expression qui signifie pour le patient qu'en ingurgitant un produit générique, il est assuré que l'effet du principe actif sur l'organisme est strictement le même qu'avec la molécule originale" (page 17). Nous avions donc et nous avons toujours d'un côté un médicament composé d'une molécule et d'excipients le tout désigné par le mot "original" ou encore "princeps" et qui après le délai écoulé de la durée de vie du brevet original en l'occurence 20 ans (1) devient un médicament tombant dans le droit public, désigné par le mot "générique" et pouvant être fabriqué par n'importe quel laboratoire, à un prix de revient très inférieur car il s'agit d'une copie conforme de l'original. Et par conséquent vendu également moins cher!  Vu sous cet angle et comme le souligne le Dr Boukris, tout semblait parfait et notamment pour la sécurité sociale qui avait et qui a toujours grand besoin de faire des économies. 

     En 2002 ce fut la naissance d'un puissant lobby du générique français: le Gemme (GEnérique Même MEdicaments) regroupant des laboratoires  tels que Biogaran, EG Labo, H2 Pharma, Sandoz... A partir de ce moment-là la pression fut mise pour imposer à tout prix les génériques auprès des médecins, des pharmaciens et des malades avec des slogans du genre: "Les médicaments génériques, tout le monde y gagne" ou encore: "Les génériques c'est systématique". Et cela fonctionna à merveille: en 2009 le taux d'utilsation du générique était  de 82% mais sur 36 départements seulement et pour atteindre 80% sur tout le territoire, l'assurance maladie instaura le "tiers payant contre générique" (2) ce qu'elle parvint à réaliser. Seulement en 2011 l'effet inverse s'amorça: les génériques reculèrent au profit des médicaments originaux! Sauveur Boukris écrit (page 25): "Comment cette mécanique impeccable, qui semblait avoir fini par satisfaire tout le monde, s'est-elle grippée? Faut-il en déduire que cela vient de l'usage? Car, c'est bien connu, plus on prescrit, plus on note les effets...". 

     Et effectivement les médecins reçurent des plaintes de la part de certains malades: les génériques n'agissaient pas de la même façon que les originaux (c'est "psychologique" fut d'emblée la réponse), puis, plus grave fut la constatation visuelle ou par des analyses de l'aggravation de certaines pathologies soignées aux génériques, ou encore par les erreurs commises par des personnes très âgées ne reconnaissant plus leurs comprimés ou leurs gélules, et enfin pour couronner le tout la divulgation des procédés de fabrication en Inde ou en Chine souvent sans traçabilité des produits employés. "Des voix commencent à s'élever. La fronde contre les génériques a t-elle commencé?". 

     Mon opinion:  Médicaments génériques: la grande arnaque est un livre choc! En un peu plus de 190 pages, le Dr Sauveur Boukris retrace un bilan très métigé sur ce qui devait être LA solution pour venir à bout du déficit de l'assurance maladie. Outre le fait de décrire précisément certains effets négatifs des génériques (et il sait bien entendu de quoi il parle), le Dr Boukris relate les effets pervers liés aux finances des lobby des laboratoires mais aussi du lobby des pharmacies, sans compter les sanctions administratives envers les pharmaciens qui ne respectent pas la délivrance systématique des génériques. Le livre est ponctué de références vérifiables et vous trouverez en fin de volume la liste des médicaments princeps et de leurs génériques au 31 décembre 2012, ainsi qu'une liste de médicaments largement prescrits avec le nombre correspondant d'excipients à effet notoire. Un livre à lire et à faire lire d'autant plus qu'au format poche il ne vous en coûtera à peine moins de six euros. 

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     (1) Le brevet a une durée limitée à 20 ans à compter du jour de dépôt de la demande. Dans la plupart des secteurs industriels, l’invention brevetée sera disponible sur le marché deux ou trois ans après le dépôt de brevet, parfois moins. Le détenteur du brevet dispose donc de 17 ou 18 ans d’exclusivité commerciale (source "Les entreprises du médicament").  

     (2) "à savoir que pour être dispensé d'avance de frais, le malade doit accepter les génériques" (page 23 du livre). 

 

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Sauveur Boukris

Les génériques, une arnaque médicale et économique pour Sauveur Boukris