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     Philippe Jaenada est né en 1964 à St Germain-en-Laye. Son premier roman, Le chameau sauvage, date de 1997, suivit de plusieurs autres inspirés de sa propre vie,  puis à partir de 2013 il enchaîne sur le fait divers avec Sulak (la vie de Bruno Sulak, braqueur de banques, décédé en 1985), La petite femelle en 2015 (l'histoire de Pauline Dubuisson accusée en 1950 du meurtre de son ex-petit ami). 

     La serpe (2017 - édité chez Juillard) concerne Henri Girard, connu sous le pseudonyme de Georges Arnaud, écrivain et auteur du célèbre roman Le salaire de la peur, adapté au cinéma en 1953 par Henri-Georges Clouzot. Henri Girard naquit en 1917. Bachelier à l'âge de quinze ans il fut doué pour les matières littéraires, mais fantaisiste, provocateur, attiré par la rébellion, coléreux, il s'attira l'antipahie de ses proches contemporains. Sans compter qu'il n'était pas gâté physiquement par la nature; grand, maigre, les oreilles décollées, atteint de problèmes pulmonaires... (sa mère mourut de la tuberculose). Georges son père était propriétaire d'un domaine comprenant un grand château et de nombreux hectares de terre rapportant un fort rendement à la famille, le tout à Escoire (département de la Dordogne). Une fois adulte, Henri devint fort dépensier, menant la "grande vie" à Paris, quémandant régulièrement de l'argent à son père. 

     Le 15 octobre 1941, alors que la France était partiellement occupée, Henri se rendit à Escoire (en  zone libre) où il retrouva deux personnes proches de lui: sa tante et une domestique vivant au château. Son père Georges qui travaillait à Vichy où il était archiviste adjoint au Ministère des affaires étrangères rejoignit également la château d'Escoire. Tout se passa bien jusqu'à la nuit du 24 au 25 octobre 1941 où Georges, sa soeur et la domestique furent massacrés à coups de serpe alors qu'Henri était dans une chambre du château. C'est Henri qui donna l'alerte au petit matin et dès les premières investigations de la gendarmerie locale, des anomalies apparurent: aucunes traces d'effraction, une grosse quantité d'argent et des bijoux étaient toujours sur place et surtout Henri manifesta une désinvolture, un détachement total face à ce triple assassinat. Pour les gendarmes, puis plus tard pour la police, le coupable n'était autre que Henri! Celui-ci fut arrêté, inculpé et écroué. Après dix-neuf mois de prison dans des conditions extrêmes, Henri Girard fut présenté aux assises le 27 mai 1943 alors qu'une certitude planait sur le public et dans les journaux de l'époque: une condamnation à mort serait le résultat de ce procès. Or à la surprise de tout le monde et surtout grâce aux talents de son avocat Maurice Garçon, Henri Girard fut reconnu innocent et acquitté. 

     Henri hérita de la totalité des biens de son père qu'il dépensa en quelques mois à Paris entre 1943 et 1947 avec Suzanne Graux sa nouvelle épouse qui lui donnera deux fils. Totalement ruiné, fuyant ses créanciers, Henri quitta la France le 2 mai 1947 pour l'Amérique du sud où il mènera une vie de bourlingueur, exerçant le métier de conducteur de camion transportant toutes sortes de matière. C'est de cette expérience qu'émergera l'idée du thème du Salaire de la peur. Henri Girard revint en France en 1950 où sous le pseudonyme de Georges Arnaud il publia son premier roman, Les oreilles sur le dos, puis Le salaire de la peur, son plus célèbre livre. Au cours des années qui suivirent il écrivit d'autres ouvrages, ainsi que de très nombreux articles pour différents journaux. De 1962 à 1974 Henri vécut en Algérie après un séjour à Chamonix pour cause de tuberculose pour enfin s'établir à Barcelone où il décéda à la suite d'une crise cardiaque le 4 mars 1987. 

     La question primordiale qui restait alors et qui est toujours d'actualité: Henri Girard était-il oui ou non le meutrrier de son père, de sa tante et de la domestique, étant donné qu'il n y a jamais eu d'autre arrestation et que l'enquête policière se termina dans une impasse définitive?  

     Mon opinion:   le texte ci-dessus est un mince résumé de la vie de Henri Girard et de ses déboires avec la justice. Il faut lire l'ouvrage de Philippe Jeanada pour en saisir toute la complexité. Alors coupable? Innocent? Crimes commis par une personne étrangère à la famille Girard? Un rôdeur? Une personne du village d'Escoire? Le fils des gardiens qui n'appréciait pas tellement les Girard? Henri, coupable mais bénéficiant d'une chance inouie (pas de preuves tangibles, un cafouillage de l'enquête, les talents de son avocat)? Durant son séjour en Algérie Henri reçut la visite de Gérard de Villiers (l'auteur de la série SAS) qui lui demanda de manière désinvolte si c'était lui l'assassin? D'après de Villiers, Henri Girard aurait répondu par l'affirmative! Mais bien entendu cela n'est pas une preuve à supposé même que cette anecdote soit vraie.  Pour ma part au terme du livre je n'en sais rien! Pour Philippe Jaenada, Henri Girard était innocent et il le démontre longuement. Quoi qu'il en soit nous ne saurons jamais la vérité puisque tous les protagonistes de cette affaire sont morts. 

     Deux précisions pour terminer: les éditions Juillard classe La Serpe dans la catégorie "roman". Or il ne s'agit pas d'un roman mais bel et bien d'une enquête effectuée par Philippe Jaenada. Et une enquête assez ardue tant pour l'auteur que pour le lecteur: 600 pages de phrases alignées parfois sans même un retour à la ligne (d'autant plus que Monsieur Jaenada à souvent tendance à sortir du thème de son livre). Le pseudonyme Georges Arnaud ne doit pas être confondu comme ce fut très souvent le cas, avec Georges J. Arnaud, écrivan français encore vivant et auteur de la saga de science fiction La Compagnie des glaces

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Philippe Jaenada

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Henri Girard (Georges Arnaud)

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Le château d'Escoire au moment des faits

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Le château aujourd'hui